Mustradem - Musiques Traditionnelles de Demain
Newsletter #14 janvier février 2012
Édito Le réveil des Pinocchios

« Maintenant que vous connaissez les différents exercices de musculation, il est temps de les programmer. (…) Il s’agit de l’outil indispensable pour assurer la réussite de vos objectifs.»

Sophie Godard, « Guide de la musculation en 100 exercices», Ed. ESI, 2011

Ayant tous dans une vie antérieure, été Pinocchio, nous conservons sur l’épaule la douce empreinte d’un Jiminy Cricket qui nous rappelait en nous tirant l’oreille les atermoiements de notre conscience.

Mais tout adulte en bon état de marche garde aussi trace de l’adolescent qu’il fut : celui qui trimballait avec lui, non plus un insecte pleurnichard*…mais un bestiaire flamboyant. Une galerie d’ancêtres putrides, une armée des ténèbres prête à fondre sur un monde hostile. L’adulte sans barrières a vaincu les horreurs indicibles qui léchaient les rives de ses nuits. Il s’est laissé pousser les dents. Aujourd’hui il bave dans le poste de télé, hurlant à nos oreilles désemparées que le monde va mal. Qu’il faut faire des sacrifices.

Et justement, l’imaginaire traditionnel français en comporte son lot, de créatures de la nuit, d’hybrides sans nom et de maléfices rampants, sortis de leurs boîtes à cauchemars pour faire peur aux petits enfants, et que les enfants d’autrefois ont dû garder en mémoire à l’heure d’aller se faire ouvrir les tripes dans les tranchées. Combien ont ainsi, juste avant de se fondre dans le cosmos, fait leurs adieux, l’espace d’un éclair, aux ombres qui les avaient préparés à l’âge adulte tandis que d’autres humains, aux crocs mieux acérés, invisibles mais bien vivants, les amenaient aux rives du Styx ?

Et voici qu’aujourd’hui, devenus raisonnables citoyens du monde, d’une main nous payons nos impôts d’honnêtes musiciens (20 ans de métier au compteur), de l’autre nous rassemblons les fils invisibles qui hier nous reliaient à nos rêves, aujourd’hui nous ramènent à la vie. Oubliées, les sombres cérémonies du monde ancien. Nous sommes les bons : nous votons du bon côté. Nous avons fait des enfants, préparons de super projets (voir plus loin) grâce auxquels nous gagnerons notre vie cette année, apportant du même geste un peu de soupe à nos anges blonds et de bonheur à notre prochain.

Mais une pulsion lancinante vient parfois, bien trop souvent, grignoter nos rites patients d’empileurs de cubes : n’est-il pas temps à nouveau d’utiliser les armes de l’adversaire ? Où sont-elles, les légions obscures ? Disparues, effacées, vraiment ? Cette patte sur mon épaule, à qui appartient-elle ? A moi l’Homme Vert, à moi la Chasse-Gallery, la Chauchevieille et la Bête Faramine !! Sortez de vos boîtes sur l’heure, et m’étripez sans délai les emmerdeurs publics, les fauteurs de bouillabaisse politique, les empêcheurs de travailler, les suceurs d’énergie, les sucreurs-de-subvention, les économistes-d’échelle, les chasseurs d’intermittents, les fabricants de poison labellisé AAA, les profiteurs de crise, les…Tous ceux-là, quoi. Les autres.

En fait, je me paierais bien un petit cataclysme, moi. Pas du genre millénariste, comme les Mayas. Mais ciblé. Vers les prophètes du « mais y en a plus de l’argent mon pauv’monsieur », les apôtres du « démerdez-vous tout seuls », de l’unité dans l’épreuve. Et les artistes (minoritaires, mais y en a) qui reprennent le chœur. Sans oublier les professionnels de l’exclusion. Les « journalistes » dont auxquels je ferais le boulot mieux qu’eux. Et d’une manière générale, tous ceux qui n’acquiescent pas immédiatement à la mise au Panthéon de la musique mondiale, du Néo-Trad en général et de la flûte à bec en plastique en particulier.

De la frappe chirurgicale, quoi. Avec juste ce qu’il faut de dégâts collatéraux dégoulinant des murs pour dissuader. Pour qu’ils n’y reviennent plus. Après tout, l’Humanité a-t-elle déjà atteint, comme l’armée, ses 10% de pertes ? Heureusement que ce sont nos dirigeants qui tiennent fermement les rênes de l’énergie nucléaire. Si c’était moi, je peux vous dire qu’elle serait en de mauvaises mains. Vous remarquerez aussi que je ne fais pas de politique. Je sais me tenir à ma place, moi.

Mais je m’égare. J’étais parti pour vous souhaiter une belle, musicale et chaleureuse année de la part de toute l’équipe du collectif MusTraDem. Et je me suis perdu en route. Mais c’est égal. Ne me cherchez pas trop.

Sinon, je suis capable de sortir mon bulletin de vote.

Et ça va saigner.

Christophe Sacchettini - tofsac@mustradem.com

* qui finit d’ailleurs si ma mémoire est bonne, dans le roman de Collodi, assez vite écrabouillé contre un mur.

A lire en écoutant : « Voix des Alpes du Nord » (Chansons, contes et histoires, 2 CD + livre) – Atlas sonore n°21 / CMTRA 2011

 
          
 
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