Mustradem - Musiques Traditionnelles de Demain
Newsletter #44 janvier février 2017
Édito Du pipeau en plastique au salaire universel

 « On peut se marrer un peu, non ? (Au soir de mon élection), je donnerais un grand bal à Versailles. Il faut renouer avec le menuet dans ce pays. »          Benoît Hamon, Libé, 06 01

 C’est pas beau, le relativisme culturel. Claude Lévi-Strauss s’en moquait déjà il y a 20 ans (1). On entend par là la tendance à faire semblant de croire que certains « autres », pour des raisons diverses (d’histoire, de culture, de religion…), ne seraient pas comme nous. En “découvrant” des usages par essence incompatibles avec les nôtres, on figea ainsi de prétendues identités, et on en arriva ainsi à frayer avec des dictateurs dont les populations qu’ils oppriment ne seraient « pas mûres » pour la démocratie. Avec les crispations liées au retour du religieux sur un territoire – le nôtre - qui se croyait en sécurité, le thème a été porté ces dernières années en Europe jusqu’à l’incandescence sans que rien, jusqu’à présent, ne vienne enrayer le processus. 

Aujourd’hui, on est polis et on reste plutôt chez nous. Avant, ces peuples différents s’appelaient des races inférieures (notez). Quand on décidait, à cheval sur notre bon droit, d’aller à leur rencontre, armés de bibles, canons et autres verroteries, on faisait alors, sans le savoir, de l’ethnocentrisme. Cela consiste à croire que toutes les valeurs d’un peuple (les nôtres, donc) seraient par essence transposables ailleurs. On le trouve en germe dans les élaborations philosophiques du XVIIIe siècle. Or celles-ci sont nées dans le sillage de l’humanisme, par besoin viscéral de fonder une liberté à l’homme, de lui faire occuper dans l’univers la place centrale jusqu’alors squattée par Dieu. Illuminé par son nombril, l’homme prit effectivement une place de laquelle il continua d’asservir tous ceux par lui déclarés extérieurs à cette belle destinée : étrangers, esclaves, femmes, juifs et autres métèques. Résultat : aujourd’hui on ricane de l’humanisme (et de son plus bel héritage, la laïcité) parce que nos ancêtres s’en sont servis comme presse-purée. Et vous avez bien compris : le relativisme culturel est la version moderne (et inversée) de l’ethnocentrisme. D’un rapport à l’autre complètement tordu.

Où veux-je en venir par ce préambule, ami lecteur-pas-désabonné, toi qui vas voter dans quelques mois pour des gens dont on hésite entre souhaiter qu’ils nous écoutent enfin ou au contraire qu’ils cessent de nous vouloir du bien ? 

À ceci. On sait combien, à MusTraDem, notre rapport avec la musique traditionnelle est élastique. Nous l’avons prouvé maintes fois : nous ne sommes pas fétichistes. Quand, avec nos accordéons ou mes flûtes en plastique, nous nous frottons à du « répertoire », c’est en stage avec un infini respect, ou sur scène - souvent pour lui tordre le cou.  Il n’empêche que nous arpentons depuis 30 ans un territoire à découvrir, toujours en mutation. Nous y sommes aujourd’hui plus considérés comme des formateurs et des juke-boxes que comme des musiciens qu’on écoute, mais là n’est pas (tout à fait) la question. Ce territoire est-il un milieu ? On peut en débattre longuement. Y fait-on oeuvre commune, comme l’écrit Etienne Bours (2) ? Ça se discute encore. Ce qui est certain, c’est qu’il sort de ce milieu non pas une parole, mais une mosaïque de paroles autour d’un objet dont l’idée nous rassemble. Et un certain pouvoir de sidération (3). Et qu’on y partage, non pas des valeurs (4), mais des usages qu’on peut nommer.

Or, on ne sait pas trop quoi en faire, de cette histoire de traditions. Ça fait bien rire les puristes, qui eux, au moins, ne se posent pas toutes ces questions. C’est normal : nous faisons de la musique traditionnelle, mais nous ne la faisons pas traditionnellement. Chez nos voisins, cela ne pose de problème à personne. Mais nous voilà chez nous comme une horde de zombies errant à la nuit dans un pays qui a décidé de tirer un trait sur un passé gênant ou indémêlable. Un pays prêt à reconnaître de l’exotisme, de l’altérité partout sauf sur son territoire. Ce qui fait parfois de nous les cobayes d’une certaine aliénation. 

Nous en sommes d’accord : ça ne nous met pas au niveau du réfugié qui dort dehors par - 15°. Et dans un certain sens c’est pratique : personne ne vous agresse dans la rue. On aimerait bien parfois que des journalistes se jettent sur nous : “la tradition, c’est par ici ?” Mais nos arguties entre folk et trad suffisent à leur donner mal à la tête. Alors, comme personne ne nous demande rien, nous restons entre nous, dans un milieu qui peine à faire société puisque toute société suppose un agora et que nous n’en avons pas. Mais nous avons des médias. Trad Mag, par exemple, média participatif s’il en est. Et nous sommes aussi capables d’inventer des structures (la FAMDT, le CPMDT…) dont les membres “enterrent les couteaux esthétiques” (belle expression de Jean-François Vrod) pour produire ensemble des objets, comme le DVD Penser modal de René Zosso, dont nous croyons que l’enseignement mérite d’être rendu accessible. Par amour de la modalité ? Du pognon ? Pas seulement. Parce que nous pensons que les musiques modales sont utiles, voire nécessaires, dans un monde qui crie “diversité” mais nivelle sous le rouleau compresseur économique ; qui braille “rassemblement” mais s’avère incapable de nommer ce qui nous rassemble. 

Ces bonnes intentions suffisent-elles ? Pas sûr. Mais nous donnons-nous les moyens d’aller plus loin ? Ainsi, aujourd’hui, il faudrait certainement, comme le propose le philosophe Emmanuel Parent (Trad Mag de janvier-février) « sortir la musique de la relation tradition-modernité, qui est mortifère ». Esthétiquement, c’est certain, on fait ce que l’on veut (si vous voulez me voir baver et éructer, demandez-moi donc “avec tes idées, pourquoi tu fais pas de la vraie musique traditionnelle ?”) . Mais c’est notre discours, nos concepts qui n’atteignent pas la surface. 

Pourtant, intermittents du spectacle, nous luttons régulièrement pour préserver un système génial mais qui devrait à terme s’élargir en salaire universel si nous ne voulons pas en être les derniers Indiens. Musiciens, nous peinons parfois à nous diffuser. Militants associatifs, nous subissons aujourd’hui, comme tout le monde, le désengagement de l’état, les baisses de subventions, l’hypocrisie des uns et le cynisme des autres.

Au nom de quoi alors, nous interdirions-nous d’intervenir dans le débat public sur des sujets de société qui tous nous concernent ? Trouver sa place n’est-il pas pour chacun un enjeu politique ? Nous ne sommes pas artistes le jour et citoyens la nuit. Pour savoir ce que nos musiques ne sont pas, il nous faut découvrir et dire ce que nous sommes. Avant que d’autres ne le fassent à notre place. Nous ne sommes pas marchands d’essence. On n’est pas responsable de ses ancêtres, ni de son patrimoine, on fait avec. Et des valeurs désessentialisées et réincarnées en usages portent un beau nom : celui de culture

Réconcilions-nous avec nos propres différences. Elles s’effaceront à l’aube, quand le sommeil nous prendra.

Christophe Sacchettini                                                                                                              tofsac@mustradem.com

(1) Claude Lévi-Strauss, Regarder, écouter, lire (Plon, 1993)

(2) Trad Mag de janvier-février. Trad Mag traverse une mauvaise passe. Puisque les abonnés manquent, je me vois contraint de glisser ici et là pour la revue quelques publicités. N’ayez pas peur, vous ne vous en rendrez pas compte. 

(3) « Je n’ai jamais vu des personnes aussi passionnées et acharnées que les danseurs trad : plus que les rock’n’rollers. » (Jean-Michel “Spi” Poisson, Trad Mag  de janvier-février) 

(4) Le terme de valeurs doit lui aussi être pris avec des pincettes de plus en plus chaudes : des valeurs sont mortes, figées, fascistes. Le philosophe François Jullien leur oppose des usages, qui se travaillent, interfèrent, évoluent.

 
GROENLAND MANHATTAN

C’est le 7 février à St-Julien-en-Genevois (74), la première du BD-concert Groënland Manhattan ! Ensuite : 9 février à Valence (26),  10 mars à Eybens (38), 11 mars à Villefranche-sur-Saône (69), 24 mars à Gerzat (63)…

Au plateau : Sébastien Tron et Stéphane Milleret (compositeurs-interprètes).
A la direction artistique : Tony Canton.                                                                                                             
Au son façade : Richard Bénétrix et Pascal Cacouault.

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Un spectacle à lire, un concert à voir, une BD à écouter, et le début d’une tournée qu’on espère longue.

 
PENSER MODAL

La souscription pour le DVD Penser modal - approche théorico-pratique de la modalité occidentale de René Zosso est close ! Vous n’avez plus qu’à attendre la sortie de l’ouvrage, pour la fin du printemps.

Coproduction : Marc Anthony, AEPEM, AMTRAD, APMT, Cie Beline, CPMDT, Folk des Terres Froides, MusTraDem, Mydriase, avec le soutien de la FAMDT. 

Sûrement du nouveau dans Trad Mag pour la sortie du DVD !

 
VIDÉOS DIATO MILLERET

Dans la série « les meilleurs tubes du néo-trad », et « on n’est jamais si bien servi que par soi-même », Stef vous propose ce mois-ci Les pieds de la dame aux clebs. À vos casse-noisettes !

Trad Mag passe au numérique !

 
GENEVIEVE CHUZEL EN STAGE

- Fandango, accompagnée par le duo Frères de Sac à Grenoble le 8 janvier.                                            Infos-résas : sakra@wanadoo.fr

- Balkans, accompagnée par Norbert Pignol et Christophe Sacchettini, à Cognin (73) le 19 mars. Organisation :  AMTRAD 

 - Danses de bal folk, accompagnée par Christophe Sacchettini, les 8 et 9 avril à Lyon. Organisation : la Chanterelle

 
PIGNOL-MILLERET

Le duo sera en bal le 14 janvier à Mestre et le 15 à Turin (ITALIE).

https://www.facebook.com/events/334465273619314/         
https://www.facebook.com/events/1350186741700958/

 
JEREMIE MIGNOTTE SOLO

Pour annoncer la sortie de son CD (coprod MusTraDem 2017), Jérémie se produira en bal solo le 13 janvier à Chabeuil (26) et le 14 à Grenoble (38).

 
STAGE IMPRO ET CHANT

Il est COMPLET le stage d’improvisation de février avec notre équipe de poilus : Jérémie Mignotte, Stéphane Milleret, Norbert Pignol, Patrick Reboud, Christophe Sacchettini et Jean-Pierre Sarzier !

Le stage Chants du Monde en polyphonie et improvisation est quant à lui annulé cette année pour plusieurs bonnes raisons…en attendant l’année prochaine, bien sûr ! 

Du 19 au 25 février 2017 à Bourgoin-Jallieu (38). 

le site du stage

 
NATACHA EZDRA

Elle continue à chanter Ferrat avec son trio de beaux gosses (Patrick Reboud, Christophe Sacchettini et Yves Perrin) le 14 mars à Bordeaux.

Le DVD du concert parisien de septembre 2015 est maintenant à la boutique ! 

le site de Natacha

 
IN SITU

L’exposition Si on chantait la la la la a démarré au Musée Dauphinois de Grenoble. Jusqu’en 2018, on y verra des traces de l’aventure In Situ Villeneuve (2014-2016).

Au menu, des films (de Péroline Barbet), des photos (de Lisa Boniface), du son, et des ateliers de chanson animés par Marie Mazille, Patrick Reboud et not'Président Fabrice Vigne : 24 février, 2 et 8 mars. 

la plaquette du Musée

Cf la chronique du CD In Situ Villeneuve dans le Trad Mag de juillet-août 2016

 
MARCIAC JAZZ & TRAD

Pour les 10 ans de la collaboration gersoise entre les festivals Trad'envie de Pavie et Jazz in Marciac, Stéphane Milleret rempile et rejoint Jean-Christophe Cholet et Christian "Tonton" Salut pour encadrer le Jazz and Trad 2017.

Master-class de musique d'ensemble tous instruments, ce cycle de stages est un espace de rencontre entre musiciens des deux esthétiques jazz et trad avec pour finalité deux concerts lors des éditions 2017.

1e session les 28 et 29 janvier.

Des infos ici

 
CHAMPAGNE

Qui est-ce qui vient de remporter le prix Charles Cros 2016 dans la catégorie Musique du Monde ? C’est Sébastien Bertrand pour son album Traversées, réalisé par notre Pascal Cacouault à nous ! 

Le même Sébastien Bertrand propose pour l’heure sa participation pour des concerts solo dont les bénéfices seraient reversés à Trad Mag. contact@sebastien-bertrand.com

 
COPINAGE

Un nouvel outil mutualiste de diffusion voit le jour, à l’initiative du camarade Tony Canton : la Scopitone, sous forme SCOP comme son nom l’indique, et basé à Lyon. Réunion d’info le 23 janvier.
En savoir plus

Le 3 février sortira Averse à Weehawken - premier album du duo Fuzzing Cats : Fabienne Déroche (vielle à roue, voix) et Guillaume Lavergne (claviers). Ca n’est pas un simple CD (trop facile quand on joue du Monk à la vielle !) mais un magnifique flip book jazz réalisé avec la graphiste Jill EOT.
Procurez-le vous ici

Autre oeuvre à 6 mains : le livre Le Berry et ses bourrées, par Solange Panis, Naïk Raviart et Yves Guilcher, où l’on apprend des merveilles. (Entre ici, George Sand !) Et si je pensais nous voir cités un jour (comme coproducteurs des Airs de Jo de Laurence Dupré et Jean-François Vrod) dans un écrit du camarade Guilcher…Reprends-toi, Yvon !
En attendant, lisez donc l’interview d’Yvon, toujours en forme, rempart vivant contre la dddécadence et le rrrevivalisme, dans le Trad Mag de janvier-février !

Le mythique groupe Aksak se propose de fêter ses 27 ans d’existence avec un 7e album, Les artisans du temps, qui sera aussi beau que les précédents.
le site du groupe

Les 21e Rencontres de Violon Traditionnel en Ile-de-France auront lieu cette année les 3, 4 et 5 février à Brétigny-sur-Orge (91). Le programme est ici (et dans Trad Mag p. 171).

L’ami Sylvain Guehl est un forcené de la musique qui sévit dans plusieurs domaines :
l'harmonica diatonique
son site personnel
et le désormais célèbre violoneux.fr

 
LA BOUTIQUE

Les nouveautés !

Rosa Combo (Faure / Sarzier / Tribuiani) CD

Le Petit Bal Ratamouche (Faure / Foy / Sarzier) - CD

 

Les dernières parutions

IN SITU / VILLENEUVE (Mazille / Pignol / Reboud / Sacchettini + 30 chanteurs et instrumentistes) - 2CD

Natacha EZDRA chante Jean Ferrat "Un jour futur" - DVD

Anne NIEPOLD / Gwen CHRESENS "Monochromatic"

ANTIQUARKS "Kô - le libre album" CD / livre

 

Les nouveautés CD de l'AEPEM

LA MACHINE "Super gain"

DZOUGA !  "Enfachinaires"

Maxence CAMELIN "Quand la craba crabidarà"

Duo RIVAUD / LACOUCHIE "Ordich !"

Philippe PRIEUR "Joueur de musette"

Emilie DULIEUX "La noce du papillon" 

Allons-y

 
          
 
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